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L’université, les grandes Ecoles sont des lieux de passage. L’idée de passage n’est pas réductible à sa dimension spatiale, à la circulation de générations d’étudiants ni à la circulation des savoirs. Elle suppose une temporalité, un présent bordé paru n avant/après : un avant qui est déjà là et dont l’étudiant n’a souvent pas encore pris toute la mesure ; un après qui peut s’inscrire comme perspective et qui reste à construire sur les bases du premier. Passage d’un milieu relativement encadrée t contenant (le lycée) à celui d’une autonomie sociale à s’approprier, à subjectiver. Au-delà des apprentissages, les années d’études supérieures riment souvent avec libertés nouvelles, franche camaraderie, rencontres avec l’Autre sexe… Dans la réalité quotidienne des étudiants, cette période n’est pas toujours aussi souriante qu’on pourrait le penser. Il est même improbable qu’elle se déroule sans angoisse, sans mouvements dépressifs ou sans que ne le rattrape une histoire familiale dont le sujet avait cru se déprendre aisément à la faveur d’une émancipation promise par son envol de la « cellule » familiale.Face à ces angoisses, ces mouvements de séparation, ces incertitudes identitaires…
Les étudiants se trouveront plus ou moins fragilisés et ce «passe-âge » se réalisera avec plus ou moins de succès, de difficultés, d’entraves, de répétition… ou ne se fera pas.Si l’université est ce lieu de passage, il faut préciser qu’elle l’est sans véritable rite1. Peut-on sérieusement considérer l’obtention du bac, les différentes sessions d’examen, les diplômes décrochés… comme des rites de passage ?Les différentes scansions du système éducatif sont en général bien supportées tant que l’étayage familial est présent : je peux vivre des changements dans ma scolarité parce qu’une constance est assurée du côté de la famille. Il en va différemment pour les études supérieures, où l’étudiant doit en grande partie compter sur ses propres assises narcissiques, sa capacité à être seul, à faire des choix, à subjectiver les implications de ces choix…Hormis quelques baptêmes étudiants ou bizutages dans certaines Ecoles, qui ont pour effet d’intégrer ou de rebuter définitivement le nouvel arrivant, l’université tente d’absorber la masse des étudiants sans aucune forme de ritualisation. Dans ces circonstances, il se produit fréquemment pour ces jeunes sujets un phénomène que l’on pourrait décrire comme une vaste période de fl ou (de quelques semaines à plusieurs années), qui se décline, cliniquement, du doute quant à l’avenir jusqu’à la perplexité face au monde et qui touche aux fondements de la singularité : narcissisme, investissements objectaux,identité sexuée...Bien sûr, tout lieu de savoirs que soit l’université, celle-ci n’en fournit cependant aucun qui pourrait s’avérer opérant dans l’articulation symptomatique du sujet 2. Là n’est pas sa vocation. Que se passe-t-il alors pour ces jeunes ?Si la souffrance psychologique des étudiants est désormais scrutée à la loupe et relativement quantifiée 3, les pratiques des psychologues qui l’accueillent, la traitent et sont à même de la qualifier, sont en revanche moins connues.Les articles que vous découvrirez dans ce dossier mettent en évidence les spécificités de ces dispositifs cliniques, des statuts des praticiens dans une institution, d’une clinique de l’étudiant. Nous remercions vivement les collègues qui ont participé à l’élaboration de ce dossier pour la richesse de leurs écrits et leur soutien dans la diffusion de nos expériences.
Thierry Sormet
1. Certains sociologues affirment que nous vivons dans une société déritualisée. C’est un constat. Y a-t-il lieu de le regretter ou non, c’est une autre question. 2. Quoiqu’un choix professionnel puisse faire symptôme. Mais ça ne règle pas tout… 3. Voir enquêtes USEM et LMDE.
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