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Depuis plusieurs années, le nombre de questions sur l'évaluation va croissant et laisse apparaître par le vaste champ que celles-ci recouvrent, et au-delà du désarroi des psychologues, un amalgame apparent entre ce qui semble appartenir au registre de l'évaluation des pratiques prévue, entre autre, par les articles 22, 25 et 29 de la loi de rénovation sociale et médico-sociale du 2 janvier 2002 et de ce qui relèverait de l'évaluation des salariés. La difficulté pour répondre à certaines questions de psychologues, nous a amenés à réfléchir ensemble pour donner des réponses communes et cohérentes tant avec les valeurs de notre profession et sa déontologie qu'avec l'éthique qui anime notre engagement syndical lorsque nous défendons la profession et les professionnels sur le terrain. Ce dossier est l'aboutissement de cette réflexion commune.
Ce qui a priori pouvait apparaître comme une confusion des genres en matière d'évaluation, s'est avéré in fine un glissement furtif d'une pratique à une autre. Comment évaluer les pratiques des établissements et des services du secteur sanitaire, social et médico-social sans évaluer les praticiens salariés de ces mêmes établissements et services ? Ce dossier montre combien est ténue la frontière entre l'évaluation des pratiques et celles des salariés et entre celles des professionnels et celles des personnes en tant que sujet et qu'il n'en fallait pas plus pour que les employeurs adoptent là comme ailleurs, la mode venue d'outre Atlantique de l'évaluation des salariés, entretiens individuels annuels à l'appui.
Nous commencerons par exposer les grands thèmes de la loi de rénovation sociale et médico-sociale du 2 janvier 2002 stricto sensu. Puis, nous entamerons une lecture analytique de la loi pour en chercher le sens explicite et implicite et essayer d'en débusquer les effets pervers et la finalité... Nous mettrons la loi de 2002 en perspective avec le code de déontologie des psychologues pour vérifier les divergences et les convergences. Nous rechercherons ce que dit le code du travail à propos de l'évaluation interne et externe et également entre l'évaluation du personnel et l'entretien annuel individuel pour savoir comment les divers acteurs institutionnels l'appréhendent et le vivent de l'intérieur in vivo : syndicats d'employeurs et employeurs, syndicats et salariés, cadres et non cadres. Ce dossier est le fruit d'une réflexion collective qui a longuement mûri. Nous nous sommes simplement répartis les sujets de rédaction qui ont préalablement fait l'objet d'échanges de points de vues. Nous avons écrit chacune de notre place en nous appuyant sur notre double expérience professionnelle et syndicale. L'article intitulé : "Les psychologues, la société et le politique" est un article à la fois historique et philosophique qui pose le problème différemment et entraîne plus loin la réflexion. Il ne diabolise pas, il n'angélise pas non plus. Il regarde la réalité du travail avec l'objectivité et l'oeil du clinicien. Plusieurs articles pourront paraître proches et reprendre les mêmes idées ou au contraire s'opposer, voire se contredire. L'intérêt du bulletin du Syndicat National des Psychologues ne passe-t-il pas d'abord par la richesse de ses débats contradictoires et d'une parole libre ?
L'évaluation existe et elle est légale. Elle est incontournable, pour les psychologues comme pour les autres salariés. Il reste donc aux psychologues de la reconnaître comme telle, de l'accepter pour la transcender en en déjouant les pièges, et les dérives afin de créer du mieux être, du mieux vivre, de la pulsion de vie pour ces enfants, ces adolescents, ces hommes et ces femmes que nous rencontrons quotidiennement sur nos lieux de travail et avec lesquels nous tissons des liens, qui nous livrent leur histoire, leur souffrance, leur vie.
C'est dans cette altérité et ce partage d'une parole authentique humanisante qu'ils redeviendront ou qu'ils resteront -quel que soit leur handicap, leur souffrance ou leur problématique- des sujets désirants et autonomes capables d'aimer, d'être aimés, de s'amuser, de travailler, de vivre et d'avoir du plaisir.
Danielle Mercier-Couderc
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