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Coaching : une nouvelle pratique psychologique

Coaching : une nouvelle pratique psychologique
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Date de publication du produit : 01/07/2006

Danse avec les coachs

Le coaching pose question au psychologue : s’agit-il d’un de ses modernes avatars, à l’instar de ce qui se profile avec la psychothérapie ou réellement d’une mutation, qui, utilisant entre autres les méthodes issues de la psychologie, s’est suffisamment affranchie du psychologue pour s’en distinguer en tant qu’espèce ?
Patrick Amar, co-auteur avec Pierre Angel d’un ouvrage de présentation générale du sujet, nous parle de « l’approche intégrative » qui préconise la synergie des référents théoriques de la psychologie et du management. La finalité du coaching étant le changement pour la performance, elle implique de pouvoir considérer la demande de performance comme honorable et recevable, en tant que banal objet professionnel. Cette sécularisation de la psychologie correspond à un enjeu de démocratisation des outils du développement humain.
Avec Martine Boulart nous entrons dans l’intimité d’un coaching de dirigeant et observons comment des outils psychologiques peuvent servir pour accompagner la réflexion et l’élaboration d’une décision, dans une posture qui laisse le sujet se réapproprier la situation et construire son propre chemin.
Thierry Chavel introduit le débat entre coach et psychologue, et prend position sur la question d’une « gémellité honteuse » : le coach apporte des réponses différentes à une même question contemporaine sur le développement de l’être, car la psychologie n’est qu’une des clés de cet accompagnement holistique. Le coach et le psychologue partagent une communauté de pratiques et une même question sur le développement de l’être : donner du sens ou trouver le sens ? L’enjeu idéologique est également partagé quant à la place de l’autre dans le développement personnel et professionnel. Il reste que le coach bouscule les repères du psychologue, dont il constituerait une évolution constructiviste hors du champ du pathologique, permettant de travailler « l’entreprise de soi ». En est-il pour autant « annonciateur d’une bonne ou mauvaise nouvelle pour le développement immatériel de l’homme » se demande l’auteur ?
Paul Arnault situe sur un plan politique son analyse du rôle du psychologue-coach, avec un éclairage historique et socioéconomique de l’apparition du coaching. Celui-ci n’est jamais qu’une technique sophistiquée de mobilisation subjective des élites, qui fonde sa justification humaniste sur le consensus d’intérêt entre l’entreprise et les salariés. Les sciences humaines ne sont pas innocentes dans l’affaire, psychologisant la société pour en rationaliser sa gouvernance, elles ont participé à la promotion du citoyen libre et consommateur. L’alternative subversive consiste alors pour le psychologue à rester à la périphérie de l’entreprise, dans des lieux de préservation ou de réparation du sujet (consultations, CHSCT…) plutôt qu’investir, comme complice, cette forme aboutie d’emprise au service de l’idéologie des dominants.
Pour relayer cette subversion Gilles Arnaud, Roland Brunner, Catherine Caillard et Roland Guinchard abordent le sujet du coaching sur le plan de l’éthique. En acceptant de satisfaire la prescription de résultat assignée à un sujet réduit au problème qu’il pose, le coach peut faire preuve d’immoralité, d’ambiguïté et d’irresponsabilité. En tant que facteur identitaire le travail est nécessaire à la structuration de la personnalité. Au coaching les auteurs substituent donc « l’accompagnement fondamental », d’inspiration psychanalytique, pour lequel la vraie question est celle de la place du travail dans le désir de la personne. Cette place est un enjeu individuel et collectif pour le devenir du travail et de l’entreprise, mais pour ces auteurs un tel projet a-t-il un avenir ?
Pierre Blanc-Sahnoun (coach de dirigeants) nous entraîne dans l’intimité du débat avec son épouse (psychologue orthodoxe) et nous expose sa conviction, selon laquelle coach est un vrai métier, qui traduit en tant que phénomène de mode, l’émergence d’une demande moderne de « pouvoir faire selon son désir », s’inscrivant dans la culture contemporaine de l’immédiateté. La différenciation d’avec le cousin psychologue tient à l’objet d’attention : le coaching se concentre sur le comment. Derrière ces échanges conjugaux passionnants se profilent des questions fondamentales pour le psychologue : peut-on utiliser les moyens psychologiques à d’autres fins ? Peut-on produire du sujet sans psychologique ? Le métier est-il partageable ? Doit-il évoluer au gré de la culture ambiante ?

Avec Michel Moral nous débouchons sur la mise en lumière du modelage culturel de la personnalité et ses incidences sur le processus de coaching, dans un contexte de mondialisation des échanges. Le projet du « coaching interculturel » est de faire réussir dans un environnement culturel diversifié. Il ne s’agit donc pas d’un problème de transfert de savoirs mais de construire un nouveau savoi- être permettant d’aborder des problématiques interculturelles. L’interculturalité oblige à repenser chaque étape du processus de coaching, à s’assurer de l’adéquation des outils à d’autres cultures, mais surtout impose un travail sur soi afin de comprendre en quoi nous sommes porteurs de notre modèle culturel comme déterminant de la personnalité, et donc de nos différences. Eu égard aux enjeux économiques et sociaux de la mondialisation le psychologue-coach y est propulsé dans une inexorable dimension politique pour l’avenir.

Chacun pourra étayer son opinion à travers la lecture de ces contributions, cependant nous pouvons constater un consensus à propos du rapport du psychologue au coaching. A la question de savoir si le coaching constitue une activité de psychologue : outre le coaching des pratiques, il existe bien un coaching psychologique, qui fait appel aux référents théoriques, aux méthodes de la psychologie, et qui touchent à l’être, au bien-être, au faire, au réussir à faire, au changement pour mieux être et/ou pour mieux faire. A la question de savoir qui doit le pratiquer : les préconisations désignent un intervenant dûment formé, supervisé et ayant effectué un travail personnel, sachant se donner un cadre d’autonomie pour une fonction d’autonomisation de la personne, autant de recommandations qui ressemblent étrangement à celles faites au psychologue par son code de déontologie.
A vouloir cantonner la pratique de la psychologie dans un référent unique au seul profit du sujet en souffrance, les psychologues ont sans doute favorisé la parcellisation de leur compétence. Ceux qui s’élèvent avec virulence contre l’externalisation de la psychothérapie sont peut-être les mêmes qui considèrent le coaching avec condescendance. Or il est des combats non livrés et dont on ne fait même pas cas : le transfert des méthodes psychologiques dans le recrutement, l’orientation, l’audit social, la formation à la relation et au management, l’accompagnement à la réinsertion, sont par exemple de ceux-ci.
Le coaching, comme la psychothérapie, amène le psychologue à un débat pour lequel il semble réticent : définir la profession pour lui définir un avenir.

Un grand merci aux auteurs qui nous font la faveur de partager leur expérience et leur réflexion.



Philippe CHIMY
psychologue parmi les coachs
le 06.06.2006



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