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Le dossier qui vous est présenté dans ce numéro est le fruit d’un important travail des intervenants du colloque de Montpellier « Le mal-être chez les étudiants » qui eut lieu en mai dernier. Nous les en remercions vivement. En amont de ce riche travail de pensée et d’écriture, nous tenons à saluer la tenue de cet évènement et sa remarquable organisation que nous devons à nos collègues, membres de l’ACNPCMPU : Christine Pavési, Benjamin Merguy, Jean Riffard, Marilène Callegari, Laure Boisjoly, Luc Vétois, Guillaume Remize, et toute l’équipe du SUMPPS de Montpellier. Certains des collègues cités ci-dessus étaient déjà présents dans les colonnes du n°211 de P&P « Espace d’accueil pour les étudiants ». Nous sommes très heureux de poursuivre notre collaboration sur ce thème par la publication des actes du colloque. Ces travaux s’inscrivent dans la perspective de mutualiser nos expériences et réflexions théorico-cliniques dans un champ d’intervention à peine défriché du point de vue de la recherche. Nous poursuivons ainsi ce questionnement qui, je le crois, nous est commun : en quoi le temps des études, le mal-être d’un étudiant, son expression et sa prise en charge s’envisagent comme possibilité de nouage dans l’existence du sujet.
Thierry Sormet
Le mal-être chez les étudiants Quelles modalités de prévention et d’intervention ? A l’heure où même l’Université devrait devenir autonome, à l’instar des plus jeunes et des plus vieux de nos concitoyens pour qui l’autonomie est devenue la notion phare de « notre » temps, à l’heure où le ronron du discours ambiant nous fait miroiter « que du bonheur » pour refuser tout au-delà malheureux, qu’en est-il du mal-être chez les étudiants et de ses incidences dans le cadre de l’enseignement supérieur ? Nous sommes partis de ce questionnement à Voilà d’où nous sommes d’abord partis, du lieu de la Coordination nationale des psychologues cliniciens exerçant en service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé, pour engager le colloque qui s’est tenu à Montpellier les 27 et 28 mai 2011 et qui donne lieu à présent à une première publication d’une partie des actes dans ce numéro de Psychologues et Psychologies. Spontanément, nous nous sommes d’abord tournés vers nos collègues « psychistes » des SUMPPS, des BAPU3, du CAMUS , et des services de Psychiatrie pour les inviter à nous rejoindre dans l’élaboration de ce colloque. Nous nous sommes retrouvés autour d’une volonté commune de susciter un espace de rencontre et de surprise autour d’une thématique peu abordée et peut-être jamais sous l’angle de l’approche clinique (entendue comme visant le sujet dans ce qui le singularise vis-à -vis de tout autre). A s’intéresser à la dimension non-plane du psychisme chez un sujet, à prendre la mesure des bouleversements culturels et institutionnels qui l’éprouvent et nous éprouvent dans nos pratiques du singulier, nous choisissions ensemble le risque du questionnement et de l’« hétéronomie » si l’on peut dire, au-delà de l’effet « phénomène de société » qui a, pour ne citer que ces deux exemples, littéralement « ensuqué » l’approche psychologique de l’adolescent ou de l’autiste ces dernières années. Loin de nous donc l’idée de capturer l’étudiant dans des considérations psychologiques le laissant hors-temps, adulescent sans âge tout juste débarqué de son autisme enfantin. Le goût est au tragique et au pathos mais, convenons-en, il n’y a pas de psychopathologie générique propre aux étudiants. Et pourtant, l’approche psychopathologique, attaquée de toute part aujourd’hui, s’avère plus que jamais une voie précieuse si, conjuguée à d’autres (politiques, sociales, pédagogiques,…), elle nous permet de comprendre et d’agir, d’ajuster nos interventions au profit de chaque étudiant, que ces interventions relèvent de la thérapie, du soin, de l’accompagnement, ou encore de la prévention. L’étudiant autonome, dans l’Université autonome de demain, ne nous a que peu intéressés durant ce colloque par rapport à celui qui a quelque chose à dire quand il s’avance sur les chemins de traverse et de traversées possibles que propose l’institution universitaire. Cet étudiant qui a à faire des choix, à parler en son nom, à se mettre en recherche pour se perdre et se retrouver, cet étudiant qui finit toujours par émerger de manière plus ou moins bruyante et symptomatique du temps révolu de l’enfance, de la chape de plomb et/ou d’or qu’elle détermine pour lui… C’est de cet étudiant-là dont nous voulions parler. De cet étudiant-là dont nous voulions que d’autres que nous parlent. De cet étudiant-là à qui nous voulions quelque part nous adresser pour pouvoir l’entendre. Près de 250 participants de toute la France - psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, médecins, infirmiers, personnels administratifs, enseignants, responsables universitaires, étudiants – ont ainsi participé à ce colloque, à ces échanges de témoignages sur la prise en compte et en charge du mal-être étudiant. Après deux tables rondes sur la portée générale de cette problématique, divers ateliers ont permis d’aborder des aspects plus spécifiques du mal-être étudiant quand il est conjugué à une situation d’exil, une précarité sociale, une situation d’urgence, un terrain psychotique, un handicap, ou bien encore lorsque ce mal-être se manifeste dans le rapport aux études et au savoir… Accessoirement, ces interventions auront permis de fournir une consistance clinique aux pourcentages des différentes enquêtes nous « révélant » de concert que nombre d’étudiants sont en souffrance psychique. Il semble que ce colloque soit en partie parvenu à remettre en perspective l’étudiant dans son temps et avec lui, l’ensemble des professionnels de la Santé publique, du Soin, de l’Enseignement supérieur, de l’Administration qui s’en préoccupent. Car ce fut l’occasion de nous réunir pour partager nos pratiques, tisser des liens, rappeler combien l’étudiant nous est proche et étranger à la fois, confronter nos regards sur la tension entre mal-être singulier de l’étudiant et malaise collectif dans l’Université, dégager des perspectives d’action et des chaînes de questions pour finir. Moment convivial, « porté par un certain humanisme » confièrent certains, telles furent ces premières journées nationales organisées par l’Association de la coordination nationale des psychologues cliniciens de médecine préventive universitaire. Vous souhaitant bonne lecture des textes qui vont suivre, et dans l’attente de voir publier dans un prochain numéro de Psychologues et Psychologie le second volet des Actes du colloque, je vous laisse avec l’argument du colloque tel que nous l’avions élaboré collectivement. Cet argument vous donnera une idée de l’ossature de l’évènement passé et suscitera, nous l’espérons, l’envie d’y donner suite, différemment.
Benjamin Merguy Psychologue clinicien, Vice-président de l’ACNPCMPU www.psy-mpu.com
Argument du colloque
En 1931 Paul Nizan écrivait : « J’avais vingt ans et je ne permettrai à personne de dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Que vit-on aujourd’hui quand on a vingt ans et qu’on est étudiant ? L’université a beaucoup changé. Formation élitiste il y a encore relativement peu, elle est devenue avec la fin du 20e siècle une université plus ouverte à de nouvelles populations. Et aujourd'hui elle se tourne vers l’international, s’adaptant aux nouvelles technologies, créant de nouvelles formations, dans une recherche de l’excellence. Dans cette évolution, une attention particulière est portée à la santé de chaque étudiant, renforcée par le décret de 2008 qui préconise une approche médico-psycho-sociale. Au-delà des universités, les autres établissements de l'enseignement supérieur sont également concernés par ces questions. Psychologues cliniciens au sein des services de Médecine préventive universitaire, nous voudrions témoigner dans ce colloque de notre expérience auprès de ces étudiants que nous rencontrons et la confronter à celle des autres professionnels. Il s'agira aussi d'interroger la place de la consultation psychologique à l'université. Cette réflexion sera enrichie par un dialogue avec d’autres intervenants, qu’ils relèvent du champ pédagogique, administratif, sanitaire ou social. Quelles prises en compte et prises en charge possibles du mal-être de certains étudiants ? A quels professionnels s'adressent-ils et pour quelles raisons ? Y a-t-il des pathologies, des symptômes, des situations récurrentes que l’on peut mettre en évidence ? Que peut-on apporter à des étudiants en difficulté dans leurs études ou dans leur vie universitaire ? Quel travail spécifique fait-on avec les étudiants en situation de handicap ? Comment ajuster nos approches aux besoins des étudiants étrangers ? Comment s’articulent précarité sociale et études ? Y a-t-il des situations d’urgence notamment face aux risques suicidaires ? Comment et avec qui travailler quand un étudiant est hospitalisé? Quels enjeux pour la prévention ? Quels enjeux pour la qualité de vie et d’études des étudiants ? A toutes ces questions, chacun des professionnels tentera d’apporter des éléments de réflexion propres à son champ d’intervention.
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